J’aurais pu être une maison ou un bateau, un arbre, du bambou, de l’herbe, ou de la terre, une panthère ou un gorille, un plat indien avec du riz blanc, une raquette de tennis de Noah ou des gants de boxe d’Ali ( pour casser la gueule de Frasier bien sûr), un service à thé ou un verre de crystal qui attendrait son Lagavulin, un havane, une gitane, un Gaston ou un Musclor...

Au lieu de tout ça, je suis né homme, libre, ici et maintenant, au pied d’un vieux chêne normand pendant un son et lumière de Valmont, rêvant à Guillaume le Conquérant, demandant à un berger de me raconter une histoire, lui demandant où était la lumière et comment l’utiliser. Il ne m’a plus quitté. Je suis alors parti en quête de guides et d’espace, en quête de rencontres et de voyages, de sensations fortes et de couleurs vives, passant par le Havre, Washington, Rouen, Tozer ou Paris : toujours en mouvement, toujours en recherche d’exigence, d’aller plus loin.

Car un spectacle, un film, une pièce : c’est la vie, la fête, les autres, les costumes, les bouffes tous ensemble, les odeurs de tabacs, de pinards et d’épices, les blagues et les réflexions à deux balles, l’amour d’être ensemble, pour grandir, devenir intelligent et intelligible, dans l’espoir d’élargir le troisième œil, la lumière, le spectateur.

Alors génération numérique et console de jeux oblige le cinéma arrive vite : derrière et devant nos petites caméras du lycée pour découvrir le frisson de l’instant, de l’échec, du mouvement, de la « géométrie dans l’espace » ( cf : Jacques Villeret), pour aller au devant d’un Richard Borhinger ou d’un Maxime Leroux, en pensant a un Pietro Paolo Pasolini ou a un Reiner Werner Fassbinder ou encore à un David Lynch. L’envie de tenir un flingue et de s’y croire un peu. Mais comment donner un coup de boule sans se faire mal ? comment allez filmer là-bas? comment provoquer? comment apporter? et quoi?

Alors très vite je m’suis senti en manque de code et de technique, alors très vite je suis retourné dans les salles obscures des théâtres pour apprendre à tenir un flingue, un caillou, un sentiment, une peur. Ça m’a permis de rencontrer des metteurs en scène tel que Georges Vérin ou Philippe Touzet et des formateurs de théâtre tel qu’Hervé Boudin ou Xavier Florent. Ils m’ont fait le cadeau de m’offrir Harold Pinter, Alfred de Musset, William Shakespeare, Georges Feydeau, Jean Racine ou encore Rémi Devos. Ils m’ont emmené aux portes de l’amour, de la mort, de la mécanique du rire et du dépassement de moi (corps-esprit-voix). J'ai depuis monté quelques projets théâtraux (moitié-moitié de Keene, sous l'aile d'un ange de Pilch) et quelques documentaires (sur le Maghreb ou la Guadeloupe), je me prépare pour mon premier court métrage qui aura peut être lieu au Canada...

Ce chemin m’a offert et m’offre la liberté d’aller prendre ou pas le caillou : de le jeter ou pas sur celui ou celle qui me plaît. Je sais que mon aventure est là et que tout est là. Je me sens aujourd’hui entre un Bernard Giraudeau et un Viggo Mortensen, entre violence et tendresse, entre jouer et filmer, un pied sur un plateau l’autre sur un bateau, amateur de Jack Kerouac ou d’Emir Kusturiça. Prêt à voir le monde et à le montrer. J’aspire à la rencontre pour mieux apprendre à me trouver même si je dois affronter mes doutes et mes douleurs.

Je suis prêt à tout mais sûrement pas à n’importe quoi. J'aime la vie, les rires, les ventres chauds et les coups de gueule, voir les coups poings. Je veux la belle grosse tempête pour mieux vivre le silence, profond, lointain. Je sais aujourd’hui que je veux de l’autre autant que de l’ailleurs, de la douceur autant que de la folie, sentir, y aller, m'offrir, ouvrir, toucher.

Matt-juillet 2009
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